mercredi 20 juillet 2016

Après Nice, ne pas renoncer aux principes de la République !

" Si vous aviez vu les cadavres sur la promenade des Anglais, vous ne me poseriez pas cette question. Parce que eux, ils n’en parlent plus de l’État de droit »

Cette phrase sidérante d’Eric Ciotti a montré comment sans honte et sans pudeur on peut utiliser des victimes d’un attentat horrible pour hystériser la population et empêcher tout débat. Car voilà, bardé de son privilège d’avoir vu les cadavres, le portant en travers de la bandoulière comme une décoration, Mr Ciotti entame la longue litanie de ceux qui ont intérêt à ce qu’on arrête de penser. Que répondre à cela? Ah oui, désolés on va cesser d’avoir de la considération pour les libertés publiques parce que mis en parallèle avec les morts, on ne peut décemment les défendre? Il n’en faudra pas beaucoup pour qu’on passe du parallèle abject et absurde à une relation de causalité : ceux qui défendent l’état de droit seront à n’en pas douter rendus complices des crimes par une pseudo naïveté. 

Il faut condamner absolument et sans réserve les manoeuvres de la droite. Tout cela n’a rien à voir avec la lutte réelle contre le terrorisme. Ce sont des opérations destinées à marquer le champ politique en vue de 2017, et la pseudo opposition au gouvernement cache mal le fait qu’ils jouent en réalité sur le même terrain : celui de la réponse publicitaire destinée à jouer sur les émotions, en alimentant tous les feux susceptibles de se déclarer. Et au jeu des mesures sécuritaires inefficaces, le gouvernement est donc pris à son propre piège. Car l’etat d’urgence ne suffit pas à la droite, il leur en faut plus encore : des internements préventifs, l’allongement de la durée d’assignation à résidence, l’armement des polices municipales avec des armes de même catégorie que la police nationale, le retour de la double peine… ces mesures dessinent un paysage inquiétant pour notre pays. Un paysage où des responsables politiques font la course à celui qui proposera les mesures les plus attentatoires aux libertés afin de prouver qu’eux seraient à la hauteur. C’est effet de manche sur effet de manche pour expliquer que eux seraient en capacité de prévoir, d’empêcher ces crimes. Il faudrait donc interner tous les fichés S. Que se passera il si d’autres attentats sont commis par des individus non fichés, comme c’était le cas du terroriste de Nice ? Jusqu’où faudra il encore aller dans la privation préventive des droits des personnes? 

Ce cirque est d’autant plus inquiétant qu’il empêche de réfléchir à ce qu’on pourrait réellement faire face à ce fléau. 

Ainsi, cette course à la restriction des libertés publiques est commode pour masquer  le fait que PS et LR sont tous les deux responsables du choix de privilégier la surveillance électronique  plutôt que le renseignement humain, du surmenage de nos forces de police  et de la destruction de l’efficacité de notre système judiciaire par leur obsession austéritaire,  qu’ils sont responsables d’une politique étrangère inepte qui  joue sur des alliances douteuses, et ne s’attaque pas au financement de Daesh. 

Pire encore, par leurs outrances, ils maintiennent sciemment notre pays dans l’état de choc permanent, empêchant de prendre la mesure réelle de ce qu’il faut faire pour empêcher les ruptures du contrat social qui constituent le terreau sur lequel prospère la radicalisation. Car s’il faut préserver le cadre de la laïcité qui garantit la liberté de conscience à tous, et ainsi lutter contre les phénomènes de radicalisation religieuse,  la réponse n'est pas seulement contenue dans la question de la place du religieux dans notre société. Ce serait faire peu de cas de l’analyse multifactorielle du terreau sur lequel la radicalisation peut prospérer pour donner lieu ensuite à des actes terroristes. 

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IMG_2658.jpg, janv. 2016

Ce terreau c’est celui de l’absence d’espoir d’une partie de la jeunesse, de la dégradation du tissu social et du rôle de l’Etat dans certains territoires, par la disparition des services publics notamment, de l’immense concentration des richesses dans quelques mains et de quelques miettes dans la plupart des autres, et dans le plafond de verre qui empêche celui ou celle qui n’a pas la bonne couleur, le bon nom, la bonne origine de se faire une place dans cette société. Mais dans le climat sciemment entretenu de division, de cela on ne peut plus parler, car ce serait quelque part dire que c’est explicable et vouloir expliquer ce serait justifier, et même excuser nous laisse-t-on entendre. 

Mais ce n’est pas parce que le train va à pleine vitesse vers le mur, et que tout le monde se dispute pour être le premier à mettre le charbon dans la chaudière qu’il est interdit de penser une autre voie. Nous tous, militants ou non, porteurs des valeurs du progressisme nous avons le devoir de nous atteler à proposer cette autre voie et à ne pas nous laisser imposer le silence par ceux qui entendent capitaliser la peur. Nous devons tout à la fois proposer des réponses républicaines au terrrorisme et des réponses républicaines à la déliquescence du contrat social dans notre pays.

 

 

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