lundi 18 janvier 2016

Le pauvre, le rapace et le réaliste

Un nouveau rapport de l’ONG OXFAM, publié aujourd'hui,  l'avant veille de l’ouverture du forum de Davos, jette une lumière crue sur le développement inouï des inégalités, et les coupables lâchetés de la caste au pouvoir dans notre pays, comme dans les autres pays riches.

 

L’accélération du développement des inégalités

Le chiffre donné par OXFAM est impressionnant : les 1% les plus riches possèdent désormais plus que les 99% restants. C’est une accélération sans précédent des tendances repérées depuis plusieurs décennies déjà mais aussi par rapport aux chiffres publiés l’an dernier par l’ONG. 

Le chiffre donne le tournis. Il dit brutalement le niveau sans précédent de l’extorsion auquel la caste des riches se livre. 

Entre 2010 et 2015, la fortune des 63 personnes les plus riches (dont 53 hommes soit dit en passant..) a augmenté de 44% tandis que les richesses de la moitié la plus pauvre baissaient de 41%.

Bien évidemment, l’inégalité joue à plusieurs niveaux. Elle est aussi une inégalité de genre et une inégalité face aux enjeux du réchauffement climatique (les plus pauvres vivent dans les zones les plus vulnérables aux effets du réchauffement alors qu’ils ne contribuent qu’à 10% des émissions)

Cet accélération du développement des inégalités est renversante. Elle montre combien nous sommes dans une société de régression, qui a abdiqué les idéaux de progrès social d’où elle est issue.

C’est pourquoi le mot de caste est approprié. J’ai conscience en utilisant ce mot qu’il a tant été utilisé sous sa forme péjorative qu’il peut avoir perdu de sa force descriptive. Mais comment qualifier autrement une situation où tant de richesses, et les privilèges afférents sont concentrés à une extrémité de la chaine sociale quand tant de pauvreté et de dénuement subsiste à l’autre? 

Si on parle de caste, c’est parce qu’il y a une violence terrible dans cette reproduction des inégalités.

Et si l’on parle d’oligarchie (de « oligos » petit et arkhein, « commander »), c’est bien parce que c'est la toute petite minorité des plus riches qui dicte à tous les gouvernements de la planète les lois et règles qui servent leur rapacité et qui donc l’emportent sur le grand nombre.

 

Le règne de la prédation vraie tare du système

Comme le rappelle le rapport d’OXFAM, le noeud du problème réside dans le fait que l’inégale répartition des considérables richesses produites sur le globe est permise par le pouvoir exorbitant donné à la finance. Les paradis fiscaux où les profits peuvent se cacher en toute impunité, les mécanismes qui permettent aux plus riches de s’extraire de l’impôt, la dérégulation globale galopante sont les mécanismes permettant ce qui est une extorsion en règle du produit du travail. OXFAM rappelle à ce titre l'exemple parlant de l’industrie du vêtement : entre 2001 et 2011, les salaires des ouvriers de cette industrie ont diminué en valeur absolue !

On n’a pas remarqué que cette industrie ait subi une telle crise qui justifierait cette baisse.

Cette prédation sur les richesses produite est la véritable tare de notre système, le noeud autour duquel s’articulent les maux de notre société.

Crise climatique, pauvreté, troubles sociaux..partout où l’on regarde on y voit un déterminant partagé qui est celui des inégalités.

En ce qui concerne les multiples problèmes sociaux auxquels nous sommes confrontés, l’analyse statistique de la répartition des dits problèmes (santé, violence, etc..) montre une corrélation avec le degré d’inégalité dans chaque société considérée. 

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71HMaC1PRUL.jpg, janv. 2016

C’est ce qu’a montré l’épidémiologiste Richard Wilkinson dans un ouvrage passionnant, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous. 

Il nous montre comment les inégalités ne sont pas la conséquence de désordres économiques globaux, qui seraient une fatalité, quasi naturels, mais qu’en réalité ils sont le produit d’une somme de choix effectués par un tout petit nombre de possédants, relayés par des gouvernements aux ordres. 

 

Réalisme et idéalisme

Si on veut résumer les divergences politiques la question des inégalités est le coeur de toute analyse. Le clivage politique réel est là : ceux qui veulent s’attaquer aux inégalités, et ceux qui s’en accommodent voire, les provoquent. Tout est là. 

C’est ce clivage qu’il nous faut imposer et non pas le faux clivage entre prétendus réalistes et idéalistes. Combien de fois dans mon mandat d’élue au Conseil Régional du Limousin ai-je entendu cela ! Combien de fois des élu-e-s se réclamant pourtant de la gauche nous ont renvoyé cela de manière arrogante ! Le pire étant l’attitude mielleuse de ceux qui nous disaient « je suis d’accord avec toi, mais… » mais ce n’est pas faisable, mais on ne peut pas faire autrement, mais c’est comme ça ! La triste cohorte des renonciations, assortie de la compensation symbolique trouvée dans le fait de venir se confier à nous comme au confessionnal…

La vérité c’est que la richesse ne ruisselle pas telle une cascade magique sur toute la société quand elle est concentrée dans quelques mains et que au contraire ces concentrations de richesse sont nuisibles à l’ensemble du tissu social. La vérité c'est que ceci n'est en rien l'effet de phénomènes quasi naturels auxquels on n'aurait rien de mieux à faire qu'à s'adapter. Il y a des responsabilités, des choix derrière chacun de ces chiffres. 

Donc où est le réalisme ? Le réalisme ce n'est pas de laisser faire les oligarques du CAC 40 ou des autres grandes firmes internationales quand ils jouent du dumping pour réduire les droits de tous, partout et le plus possible. Le réalisme ce n'est pas de laisser libre cours à la finance prédatrice parce que si on l'inquiète elle part se réfugier dans les paradis fiscaux, le réalisme ce n'est pas de laisser faire les pratiques d'optimisation fiscale qui coutent à toute la collectivité, le réalisme ce n'est pas de consentir toujours plus de cadeaux fiscaux à tout ce beau monde sans aucune contrepartie.

Cela n'est pas du réalisme, mais de l'idéologie. 

 

pour télécharger le rapport d'OXFAM, c'est ici 

 

 

 

 

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