mardi 5 janvier 2016

Un mouvement citoyen, oui mais comment?

Dans cette première note de blog, je reviens sur les élections régionales dans le contexte de la région Aquitaine Poitou Charentes Limousin.

Beaucoup a déjà été dit sur ces élections régionales. Mes camarades sont déjà suffisamment revenus sur le bilan qu'on peut faire de cette séquence où ce que nous représentons a subi un revers terrible dans un contexte marqué par l'implantation de l'extreme droite (je me reporte ici aux contributions de Jean-Luc Mélenchon  , Eric Coquerel  , de Martine Billard  et à l'analyse collective du SEN du Parti de Gauche. 

Mais il est un épisode qui mérite encore d'être analysé, celui des tentatives effectuées pour permettre l’émergence d'un mouvement citoyen. A ce titre, à la lumière de la percée de Podemos en Espagne lors des élections législatives du 20 décembre, la situation électorale de la région ALPC, et notamment l'initiative de la « Vague citoyenne » constitue un intéressant contre point.

J'ai été partie prenante de la constitution de la liste et de la campagne du FDG, menée par Olivier Dartigolles, Stéphane Lajaumont et moi même dans cette région. 

Cette note est longue et je m'en excuse, mais elle est pour moi l'occasion de rétablir certains faits et de verser au pot commun quelques réflexions en guise de bilan. 

 

Un constat : le FDG doit être dépassé

 

Bien avant la séquence électorale des régionales, le Parti de Gauche inscrivait dans son analyse la nécessité de dépasser le Front de Gauche. En réalité, cette nécessité, nous l'avions pensée dès l'issue de la présidentielle quand nous proposions à nos partenaires de permettre les adhésions directes au Front de Gauche afin de faire de celui ci un véritable mouvement qui dépasse la somme de ses parties. Nous étions prêts (et nous le sommes toujours) à nous fondre dans quelque chose de plus grand que nous, ayant conscience du fait que le parti, ou le mouvement, n'est qu'un outil au service de la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux et non une finalité en soi.

A l'époque, cela n'avait pas été possible. On sait la suite. Le FDG s'est lui même empêtré dans une logique de cartel où chacun se regarde en chien de faïence, parfois agissant ensemble pour le plus grand bien de tous, mais trop souvent se faisant une concurrence délétère. 

Bien sûr de nombreuses autres raisons expliquent le résultat tout à fait décevant pour la force que nous représentons à ces élections, mais on peut raisonnablement penser que cette incapacité à creuser le sillon de 2012 est ce qui nous a empêché de devenir la vraie force alternative en mesure d'être identifiée par nos concitoyen-ne-s comme l'outil pour renverser la table. A la place c'est le vote FN qui prend pour l'instant cette fonction, tout à fait à tort, vu le contenu réel de ce que ce parti porte et incarne.

A partir de là une exigence s'impose à tous : il nous faut créer les conditions d'une implication citoyenne large, sans laquelle nous sommes destinés à échouer. C'est pourquoi, lors de son congrès de Juillet 2015 le PG écrivait dans sa résolution politique : « Le Front de Gauche a eu un rôle important en permettant de remobiliser un électorat et des citoyens dispersés. Il a permis la campagne exceptionnelle de 2012, mais n'a pas traduit son succès électoral dans un nouveau mouvement populaire. Le moteur s’est essoufflé dans l’absence de cohérence aux élections municipales et dans le manque de clarté aux européennes. Il reste un acquis, mais il est aujourd'hui incapable par lui-même de représenter une alternative. [...] Mais il faut désormais faire plus. 

On ne peut plus en effet se satisfaire d’un cartel au sommet, même élargi. Nous voulons contribuer à des cadres d’implication permettant à toutes celles et ceux, militants politiques, syndicalistes, citoyens en colère, de reprendre leurs affaires en main pour faire face à la situation du pays. [...]

Le déclenchement d’une puissante dynamique citoyenne doit donc être notre priorité. Ce n’est pas contradictoire avec la recherche du rassemblement des forces politiques autonomes du Gouvernement, défendant des valeurs de solidarité, d’écologie et de démocratie, dès lors que celles-ci acceptent de s’inscrire en soutien d’une telle démarche » 

 

Oui, mais comment ?

 

Comme nous l'écrivions dans notre résolution de congrès, il n'est pas question de passer par pertes et profits ce qui a été le considérable succès du Front de Gauche lors de la campagne présidentielle de 2012. Par la voix de Jean Luc Mélenchon, notre parole a porté loin et a redonné espoir à nombre de nos concitoyens. Encore maintenant, ce qu'a été le Front de Gauche à cette époque représente encore quelque chose de fort pour beaucoup. La grande manifestation de la Bastille le 18 mars 2012, les meetings impressionnants où se pressaient tant de citoyens et citoyennes ordinaires tellement heureux d'être là ensemble, tout cela a été l'expression de quelque chose de profond : oui il était possible de penser qu'un autre système est possible, si la force du grand nombre s'unit ! 

Il ne s'agit donc pas de considérer qu'il faudrait construire à partir de rien, en laissant de coté ce que nous avons construit avec d'autres. Car nous n'oublions pas que derrière ces sigles, il y a des militant-e-s dont nous pouvons dire que nous avons avec eux beaucoup plus qui nous rassemble que ce qui nous divise. 

A partir de là, nous avions donc un double constat : le FDG en tant que tel ne suffit pas, il s'est épuisé en divisions d'appareils par manque de stratégie commune et unifiée à toutes les élections intermédiaires qui ont suivi la présidentielle. Mais il était illusoire de penser que l'émiettement de ce que nous appelions un temps « l'autre gauche » était une solution. Nous avons donc deux écueils à éviter : la cartellisation où les logiques d'appareil l'emportent, et l'émiettement qui nous renvoie tous à l'impuissance. 

En outre, il faut ajouter un élément d'analyse important pour comprendre la période. Contrairement aux régionales de 2010, le PCF avait décidé de partir en autonomie du Parti Socialiste dans l'ensemble des régions. A partir du moment où les communistes décidaient que la stratégie de construction d'une force alternative clairement indépendante du PS et de son gouvernement l'emportait sur tout autre considération, cela dénotait d'une évolution positive notable par rapport aux autres scrutins intermédiaires qui avaient vu le FDG s'enliser, les municipales et les départementales où le PCF avait choisi une stratégie à géométrie variable. 

Pour ma part, j'ai tenté de suivre le fil de cette double exigence du rassemblement de la gauche d'opposition au gouvernement et de la construction du mouvement citoyen. C'est dans cette optique que nous avons lancé l'appel à construction citoyenne dans la région ALPC, et que nous avons nous avons discuté avec le PCF et Ensemble !, ainsi qu'avec EELV (malheureusement sans succès pour cette dernière). 

Dans notre région, cela allait de pair avec la pérennité de l'expérience de Limousin Terre de Gauche, que nous avons incarnée pendant 5 ans au Conseil régional du Limousin avec mes camarades Christian Audouin, Stéphane Lajaumont, Pascale Rome, Joel Ratier et Véronique Momenteau. 

Pour mémoire, Limousin Terre de Gauche avait préfiguré une forme d’élargissement du FDG puisque il unissait le FDG et le NPA (dont les militants unitaires ont ensuite fondé la Gauche anticapitaliste puis Ensemble!). On peut raisonnablement dire que Limousin Terre de Gauche a été un activateur d'union. L'expérience a résonné dans toute la france. Cela est dû à la posture éthique qui a été la nôtre pendant les élections, et pendant 5 ans de mandat (refuser les diktats du PS, ne voter que ce qui est conforme au mandat confié par nos électeurs et électrices, rendre compte de nos activités au CR et informer des débats en cours dans l'assemblée). Mais il y a une caractéristique importante qui rentre en résonance avec les exigences de la période. A notre mesure, nous avons jeté les bases d'une implication citoyenne dans notre travail d'élu-e-s. 

Nous avons pratiqué le lien avec les organisations syndicales et associations (comme par exemple le travail mené autour du ferroviaire avec les assises du POLT co-organisées à Limoges en janvier 2014), et nous avons pratiqué des cadres d'intervention citoyenne grâce à nos universités d'été annuelles qui étaient chaque année le lieu d'une co élaboration de nos positions avec les citoyens et citoyennes engagé-e-s, encarté-e-s ou non. 

Cette pérennité n'était pas pour nous un attachement sentimental mais le signe de ce que nous voulions faire : l'unité de l'opposition de gauche, et le dépassement de la forme cartel. 

Ainsi, dans les discussions avec les partenaires du Front de Gauche, mes camarades du PG et moi même, mais aussi mes camarades du groupe LTG avons porté cette double exigence et la nécessité de construire de nouveaux cadres d'implication au travers d'assemblées citoyennes représentatives où puissent se discuter et se décider les questions stratégiques et programmatiques de nos liste ainsi que le nécessité de se doter d'une charte éthique qui engage les candidats. Nous avons en cela été fidèles à l'appel à construction citoyenne initié par des membres du PG, dont moi même, d'ensemble et du PCF, ainsi que par le texte porté lors des universités de printemps de Limousin terre de gauche. 

Autant dire que nous n'avons qu'imparfaitement avancé dans cette direction, pour des raisons liées à la difficulté de construire un cadre d'implication à l'échelle d'une région grande comme l'Autriche, dans un contexte d'atonie du mouvement social, pour une élection qui semble loin des citoyens. Les conditions résolument opaques dans lesquelles la fusion des régions se sont déroulées ont contribué à éloigner les citoyens de ces enjeux. Le total des abstentionnistes au soir du 1er tour l'a montré. 

Il va de soi que l'objectif de construire un mouvement qui dépasse les seules forces du FDG est encore devant nous. Dans le contexte que nous connaissons il est plus que jamais nécessaire de construire cette force alternative qui permette de renverser la table. 

 

 

La « Vague citoyenne », vaguement citoyenne

 

Reste que la question de la méthode est d'importance. Dans un contexte marqué par l'atonie du mouvement social et l'émergence d'une extrême droite qui a su capter une part de la colère populaire sur le fonds d'une abstention record, comment construire un mouvement citoyen qui permette l'implication réelle et massive des citoyens et citoyennes ?

Presque partout en France des appels citoyens ont été lancés pour ces élections régionales. Nulle part ils ont été en mesure de réunir largement au delà des cercles militants. 

Je veux m’arrêter sur le cas de la Vague citoyenne, dans ma région. 

Cet appel a été le seul des appels citoyens à se concrétiser en une liste séparée pour les élections régionales (la liste « Faisons ensemble » menée par Joseph Boussion et Marie Bové). Lancée au départ par quelques militants du PG, girondins pour la plupart, dont certains de ses cadres, sans l'appui de l'ensemble des militants de la grande région et donc hors de tout cadre collectif, il a réuni environ 1000 signataires à la rentrée puis progressivement jusqu'à 2500 aujourd'hui. C'est peu à l'échelle de notre région qui compte presque 6 millions d'habitants et 4,2 millions d'inscrits sur les listes électorales, surtout si l'on considère que un nombre important de signataires sont en réalité issus d'autres régions. Il a su bénéficier d'une communication habile, d'un relais massif d'une pétition pour l'accueil des migrants, au plus fort de l'émotion engendré par la photo du petit Aylan sur une plage turque qui a fait bondir le nombre de ses signataires. Ayant moi même signé cette pétition, j'ai pu constater qu'elle a servi de relais pour la VC, qui s'est d’ailleurs targuée du succès de cette pétition pour valider sa méthode. 

Le contenu délibérément flou de cet appel , sans mention par exemple de l'opposition au gouvernement et au cadre d'austérité qu'il impose partout permet à toutes sortes de gens de s'y reconnaître. 

Le premier objectif de cet appel était de construire un mouvement qui s'extraie de la logique des partis, et de leurs appareils. Il proposait une méthode pour la construction des listes aux régionales pour échapper à ce qui est bien souvent vu comme des tractations d'appareil. La méthode était de tirer au sort un jury citoyen qui se chargerait d'examiner les candidatures et de faire les listes. Cette méthode, la VC en faisait un préalable absolu à toute constitution de liste avec quiconque.

Cependant, il y a loin de la coupe au lèvres et au delà de l'aspect séduisant de la méthode, fondé notamment sur un dynamisme sur les réseaux et un bon travail de graphiste, il faut signaler d'autres réalités qu'il convient d'analyser. Deux aspects méritent d'être relevés, en lien avec les objectifs que l'on se fixe.

Le premier est la participation citoyenne réelle. En effet, faire signer un texte en ligne n'est pas en soi le critère d'une réussite effective. De cela il faut juger sur les pratiques militantes réelles. Le deuxième aspect est celui du renouvellement effectif des pratiques démocratiques. 

Sur ces deux points, l'exemple de la Vague citoyenne n'est pas la réussite que ses promoteurs affichent. Car la réalité c'est que la participation n'a pas été massive, même au regard des signataires que l'appel affiche sur son site internet. J'en veux pour preuve le fait que lorsque la VC a fait voter ses signataires sur le principe d'un rassemblement avec les autres forces de gauche, sans d'ailleurs préciser qui était concerné, seuls 65 personnes ont voté. Plus tard, lorsque le jury citoyen a été constitué, il s'agissait au départ de tirer au sort parmi les volontaires 50 personnes pour faire le travail de constitution des listes. Or de l'aveu même des animateurs de la VC, cette procédure a été un échec puisque seuls 26 personnes se sont portées volontaires. Plus encore, lors de la constitution des listes, les animateurs ont du aller chercher avec les dents le nombre de personnes nécessaires pour la boucler. Beaucoup de candidat-e-s ont été présentés hors de la région, certains ont été convaincus de participer sans qu'ils sachent qu'ils concourraient à une liste concurrente de celle où le PG se trouvait. 

Le problème de cela est que finalement ce qui se voulait un renouvellement des pratiques s'est terminé en un mouvement essentiellement virtuel, sous une forme pétitionnaire, où les votes se déroulent sans débat. S'agit il de démocratie quand les participants sont amenés à se prononcer derrière leur clavier ? Pour ma part je considère une telle forme de participation comme contraire à l'esprit de la démocratie qui suppose que le vote soit précédé d'un débat dans lequel des arguments puissent être échangés, et où on peut être amené à changer d'avis. Etre livré à l'arbitraire de nos humeurs personnelles n'est certainement pas le moyen de construire du collectif. Je tiens pour essentiel le moment du débat collectif et l'échange d'argument que seul permet la rencontre effective de personnes dans des assemblées. 

Mon propos n'est pas de dire qu'il ne faut pas inventer de méthode nouvelle, essayer quelque chose d'autre pour renouveler les pratiques et les modes d’engagement. Il s'agit juste d'examiner à la lumière des faits ce qui s'est passé, et d'en tirer un certain nombre de conséquences. 

Au vu de l'échec de ce qui était souhaité, à savoir une implication citoyenne réelle, il eut fallu à tout le moins que les promoteurs de la VC aient l'humilité de reconnaître que l'outil qu'ils avait forgé n'était pas à ce stade, dans le moment ou nous étions, l'objet d'un engouement réel (que son score final de 1,85% atteste), ce qui d'ailleurs était à prévoir vu le climat politique du moment, le manque d’intérêt des citoyens pour ces élections, et l'atonie du mouvement social. Il eut fallu qu'au lieu de s'enfermer dans un processus isolationniste, qu'ils cherchent à tisser des liens avec les autres forces ou mouvement politiques qui portaient des objectifs sinon similaires, en tous cas non contradictoires. 

Dans d'autres régions cela a été possible, comme en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon par exemple, où le processus citoyen issu d'un appel a su se dépasser dans une construction collective avec d'autres forces pour construire la liste « Nouveau Monde ». 

L'impossible convergence

 

Cela n'a pas été possible chez nous. Je souhaite ici relater comment les choses se sont passées, car je lis sur les réseaux sociaux que la Vague citoyenne s'est adressée à tous ceux qui se revendiquent des valeurs de l'implication citoyenne, et a été rejetée par tous. 

Cette version des faits est mensongère. Certes, la VC s'est adressée à tous, sur la base d'une lettre ouverte envoyée à un certain nombre d'organisation de la gauche radicale dont le PG. 

Le contenu de cette lettre était essentiellement tourné vers la question de la méthode de désignation des candidats pour une liste commune. 

Par contre il est faux de dire que tous les autres mouvements ou forces politiques de la gauche hors PS ait rejeté la dynamique citoyenne par choix délibéré d'un accord d'appareil. En ce qui concerne le PG c'est d’autant plus faux que l'exigence d'assemblées représentatives et d'une charte éthique qui engage réellement les candidat-e-s a fait partie des conditions que nous mettions à la constitution d'une liste avec les autres forces du FDG. Dans les régions où la dynamique a pu prendre, cela a été jusqu'à la tenue d'assemblées représentatives qui ont pris les décisions de second tour, comme par exemple en Auvergne Rhône-Alpes, comme l'a rappelé Corinne Morel-Darleux dans sa note de blog. Cette exigence fait partie de notre ligne politique, ainsi que nous l'avions acté lors de notre Congrès. 

C'est pourquoi nous l'avons portée dans le cadre du FDG et avons tenté avec cela de construire avec la VC aussi. Mais il eut fallu pour cela que la volonté de faire ensemble soit réelle et pas seulement nominale. 

Mandatée par la coordination régionale du PG, j'ai entamé une série de discussions estivales avec le comité d'animation de la VC, par l'intermédiaire d'une de ses animatrices membre du PG. Cela a abouti à une réunion commune le 5 septembre à Bordeaux. Le compte rendu qui en a été fait sur le site de la VC donne la part belle aux interventions de Joseph Boussion sans avoir la même considération pour l'ensemble des interventions. En effet, les participants étaient majoritairement d'accord pour considérer qu'il fallait essayer de construire ensemble, reconnaissant que l'essentiel des propositions portées se rejoignaient largement. Lors de cette réunion, une des animatrices principales de la Vague citoyenne, par ailleurs membre du PG à cette époque, a fait la proposition d'une plate-forme programmatique commune, neutre sur laquelle nous pourrions échanger le contenus et vérifier nos convergences programmatiques. Il nous a été aussi demandé une réponse à la lettre ouverte envoyée à toutes les organisations de gauche. 

Au nom du PG, et rejointe en cela par les représentants du PCF et d'Ensemble présents ce jour là, j'ai proposé que la plateforme collaborative proposée soit mise en place collectivement par tous afin d'en faire un outil commun, et que cette réunion se prolonge en discussions d'Assemblées départementales communes. Lors de ces assemblées citoyennes j'ai proposé que puisse être discutés les points de programme d'une future liste pour les régionales, la charte éthique qui engagerait les candidats, et aussi les questions de méthode de désignation des candidats. J'ai également fait le point sur l'état des discussions au sein du Front de Gauche et proposé que les assemblées puissent se saisir du texte d'accord que nous étions en train de finaliser. Le but était bien évidemment de le proposer aux assemblées citoyennes. 

J'ai estimé que c'était une réponse à la lettre ouverte, et qu'à partir de là on pouvait construire, pour peu que cela se fasse dans des pratiques militantes réelles et pas simplement dans la nébuleuse virtuelle. Par ailleurs, il s'agissait de construire un cadre commun dans lequel toutes les initiatives pouvaient se dépasser.

A la même époque nous tentions aussi sans succès, d'amener EELV à considérer qu'une liste unique à la gauche du PS avait plus de chance de réussir que plusieurs. 

Las, après cette réunion, et alors qu'une date commune avait été fixée par les participants pour une assemblée en Gironde, tout s'est arrêté. La VC a monté sa propre plateforme collaborative et a cessé de participer et de répondre à nos sollicitations. 

 

Nuire ou construire ?

 

Face à cet échec, on est en droit de se demander quel était l'objectif de cette initiative. 

Que les personnes qui se sont engagées avec la VC soient de bonne foi dans leur désir de faire du neuf n'est pas à mettre en doute. Mais cette sincérité de la plupart des militant-e-s engagé-e-s dans cette démarche avec lesquelles j'ai pu parler ne les dédouane pas d'un bilan juste de ce qu'ils ont fait et du caractère sectaire de l'outil qu'ils ont construit. 

Le premier constat est que dans l'esprit de ses promoteurs, il fallait à tout prix éviter le FDG, c'est à dire en réalité le PCF. Il s'agissait là d'une divergence de fonds sur la méthode. Nous souhaitons tous dépasser la forme cartel qu'est devenue le FDG et à ce titre des bilans et des nouvelles perspectives stratégiques devront être pensés. En revanche à partir du moment où il n'y avait pas de mouvement citoyen réel, fallait il briser ce qui existait, repartir dans un émiettement délétère de l'autre gauche ? Pour le PG, ce n'était pas souhaitable. Eussions nous eu une implication massive des citoyen-ne-s nous aurions tout fait pour que le FDG s'y inscrive. En l'absence de cette implication, il fallait surtout éviter la multiplication des listes de témoignage, et tout faire pour maintenir l'objectif de construction d'une alternative crédible à la politique désastreuse du PS tant au niveau national qu'en région. 

Ce que la VC a décidé c'est d'une option stratégique différente qui était de placer la construction d'un autre mouvement politique avant l'opposition au PS au pouvoir. C'est un choix. Il est respectable, mais il faut l'assumer et ne pas dire après que s'il n'y a pas eu de liste commune c'est simplement parce que les partis qui composent le FDG auraient préféré l'entre soi rassurant des discussions d'appareil. 

La réalité c'est que le premier objectif de la VC c'était de s'opposer aux partis. C'est un choix, mais je préfère celui de construire les conditions d'une force alternative qui devienne suffisamment puissante pour que les citoyens et citoyennes aient envie de voter pour elle, de s'en servir comme un outil pour renverser la table. 

Au final le résultat est désastreux. Nous sommes apparus divisés, avec 3 listes porteuses de sensiblement les mêmes aspirations (FDG, VC, et Nouvelle Donne), et une liste écologiste faisant elle aussi cavalier seul. Nous avons échoué à réunir ces 4 listes. Je prends ma part de responsabilité dans cet échec. Il nous coute beaucoup. 

En effet, le seul endroit où nous avons réellement résisté à la lame de fond de l'abstention conjuguée au vote utile c'est en Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon. C'est la seule de nos listes à avoir dépassé les 10%. Dans le contexte cela compte même si ce n'est pas une réussite, car dans cette période troublée il nous faut des points d'appui pour résister.

L'émiettement à gauche nous coûte notre entrée au Conseil Régional. Dans la perspective des combats que nous avons à accomplir, il ne faut pas négliger le point d'appui que des élus relais peuvent être. A la place du FDG c'est donc maintenant le FN qui pourra occuper le rang de l'opposition, puisque PS et LR sont sensiblement d'accord sur la politique à mener. Ce sera un point d'appui pour eux, à n'en pas douter. Nous ne l'avons plus, en tous cas dans cette région. 

 

Et maintenant ?

 

Nous sommes à l'aube d'une séquence politique nouvelle. Il nous faut réfléchir aux stratégies à mettre en place pour atteindre nos objectifs, qui ne sont pas la conservation d'un appareil ou d'un cartel, mais tout simplement la révolution citoyenne, par les luttes et par les urnes.

Si j'ai longuement décrit la situation aquitaine c'est pour en faire un bilan, qui de ce fait est très partiel puisqu'il n'envisage aucune des autres questions qui se posent à nous à l'échelle du pays tout entier. 

Mais il y a un certain nombre d’éléments que je retire à titre de leçon de tout cela.

Le premier est que les outils d'implication militante que nous choisissons de mettre en place doivent être conçu pour faciliter le militantisme réel. Des plateformes, il en existe un certain nombre, ainsi que des appels baptisés citoyens et qui ne poursuivent pas l'objectif qui est le notre. Je suis pour un militantisme réel et non pas seulement virtuel.

Le deuxième enseignement est qu'en ces temps difficiles où tant de nos concitoyens sont désorientés par la politique menée par le PS, et par ce qu'il interprètent à juste titre comme l'impuissance du politique à répondre aux problèmes concrets qui se posent à nous, il faut prendre garde à ne pas se rendre impuissant soi même. La tentation de l'émiettement et du repli sectaire est plus que jamais forte quand on ne réussit pas à atteindre nos objectifs. 

Or pour redonner envie aux citoyen-ne-s de faire de la politique et de se mêler des questions qui les regarde, il faut encore que ceux ci aient le désir de participer. Il me semble que le désir de participation populaire ne vient que lorsque les gens ont le sentiment de faire quelque chose d'utile, d'efficace. C'est un grand malheur pour notre pays que le FDG n'ait pas pu incarner l'outil utile dont les citoyens auraient pu se saisir pour changer leur condition. Mais il faut tout faire pour que ce que nous ferons ensuite le soit. 

Cela passe-t-il par le fait de faire passer par dessus bord les outils d'expression collective qui existent ? C'est dangereux si on n'a rien à la place...

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